Soumaila


Je me souviens encore de ce jour, je pense de décembre 1981, ou en vacances à Bamako, tu es venu nous voir à la maison à Djélibougou ou j’étais immobilisée par un long repos médical. C’était pour toi juste une visite fraternelle ; j’en ai été très émue. Tu m’as dit que tu souhaitais rentrer au pays et que tu cherchais une opportunité… Je t’ai proposé d’en parler avec Dr Boubacar Sada Sy, le directeur de la CMDT, parce que je pensais qu’il existait à ce moment des opportunités[1] dans la société ; J’ai présenté à Dr Sy le périmètre de tes compétences ; vous vous êtes rencontrés ; vous avez eu une discussion constructive qui a abouti à la proposition de te confier la direction du Projet Mali Sud2 qui était en mal de bon manager[2]. Tu as rejoint la CMDT les 3 mois qui suivaient ; En intégrant la CMDT tu as rejoint le Mali.

Tu t’es affirmé très rapidement comme un des meilleurs cadres de la compagnie ; au-delà de Mali Sud2, tu as accompagné et influencé positivement la nouvelle restructuration en cours de la société et tu as pris avec succès les rennes de la DPCG[3]. Nous avons mené ensemble des aventures extraordinaires pour le développement de notre pays. Chaque jour était un challenge gagné, au bureau ou sur le terrain. Ces missions de terrain restent inoubliables pour chacun d’entre nous : des kilomètres de visites de terrain, de longues heures de réunions pour entendre les autres, expliquer et formuler des propositions, créer un terrain de solutions partagées…..Tu étais au milieu de tout cela ; tu as su très rapidement te faire accepter dans cet empire, plus, imposer ta compétence avec l’amabilité et le sourire qui te sont propres, plus, fraterniser avec toute l’équipe, car nous étions une équipe, et pas, un « clan » contrairement à ce qui s’est longuement raconté. Nous étions une équipe qui savait formuler des objectifs et déployer les responsabilités et les moyens spécifiques à chacun d’entre nous pour  atteindre ces objectifs ; nous étions motivés et engagés, nous avions chacun notre expertise et notre idéal, nous avions une confiance réciproque l’un envers l’autre, nous savions ce que chacun pouvait apporter et chacun savait à tout moment ce qu’il pouvait demander à l’autre ; je n’ai personnellement jamais senti de la jalousie ou des tiraillements insolubles entre nous ; il n’y a jamais eu d’amertume non vite effacé par l’un ou l’autre ; je n’ai jamais vécu une promotion considérée comme un privilège. J’ai vécu avec une équipe travailleuse et honnête, responsabilisée et responsable, soucieuse du bien public. Nous avons vécu comme des cadres fiers de leurs responsabilités, peu soucieux du poids de leurs poches. Le résultat est visible dans la carrière que chacun d’entre nous a connu après la CMDT.

Nous avons ainsi construit un empire ; à l’avènement de la démocratie en 1991, la CMDT était la seule société solide que l’État malien possédait. Ceci s’est fait grâce à l’excellence du management de Dr Sy et à l’expertise et à l’engagement de ses cadres dont tu étais devenu le pilier. Je rappelle que tu as été d’ailleurs, pendant une courte période, Directeur de la compagnie sous la Ministre Maimouna Ba.

Tu avais une grande, grande avance sur ton temps…Tu avais aussi un Directeur très en avance sur son temps. Tous les deux vous avez été sévèrement victimes de cette avance…

Je prie pour que les jeunes maliens prennent le temps de méditer…au-delà du regret après la mort, il est nécessaire de tirer les leçons de l’histoire, de tirer les leçons des sacrifices de nos ainés et pères.

L’ère de la démocratie nous a éloigné …En tout cas, toi et moi.

Je suis restée un soldat du développement en prenant le chemin du SERNES, puis de la Banque mondiale. Tu es partie dans la Haute Administration : Secrétaire Générale à la Présidence, Ministre des Finances, Ministre de l’Équipement, Président de l’UEMOA, Président de l’URD.

Nous avons gardé notre fraternité malgré le temps et la distance. Je n’ai jamais arrêté d’aller te voir, partout, à la cité ministérielle, à Ouagadougou, dans ton bureau ou chez toi, dans ta résidence Sadio Kelly de Badalabougou (Bamako) ; j’ai toujours été reçue comme une sœur.

Tout chemin s’arrête à un point ; le tien s’est arrêté ce vendredi 25 décembre 2020, au moment ou on ne s’attendait pas à cet arrêt après avoir versé des larmes de douleur pendant 6 mois pour toi, et des larmes de joie et d’espoir le 8 octobre 2020.

Seul Allah est maitre du destin…Nous acceptons la douleur comme un bienfait venu de LUI. Nous Lui demandons de te réserver à côté de LUI une place au Paradis.

Nous te pardonnons, nous te demandons pardon ; nous demandons à Allah de réaliser notre nouvelle rencontre au Paradis.

Yéyandé Kassé Sangho

 

Bamako 29 décembre 2020

[1] Moi-même je travaillais à la CMDT depuis le 8 avril 1979 et j’étais responsable du Contrôle budgétaire de la société.

[2] Celui qui était là était un expatrié de la CFDT qui ne nous offrait pas  satisfaction.

[3] DPCG : Direction des Programmes et du Contrôle de Gestion.

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