Massira Touré : « Agansi se veut une vitrine pour l’art malien et africain. »


Au xxie siècle, la digitalisation est en passe de s’imposer à tous les domaines d’activité et celui de l’art n’échappe pas à la règle. Le besoin de numérisation du secteur artistique s’est davantage accentué avec l’apparition de la pandémie de Covid-19, poussant les acteurs culturels à s’adapter à la nouvelle tendance. Cependant, bien avant la Covid-19, des initiatives de numérisation de l’art ont vu le jour, notamment Agansi, la première plateforme malienne de promotion et vente d’œuvres d’art en ligne créée en 2017 par Massira Touré, artiste peintre et professeur d’arts plastiques au conservatoire des arts et métiers multimédia de Balla Fasséké Kouyaté de Bamako au Mali (CAMM-BFK). Découvrons ensemble Agansi avec elle.  

Joliba FM : Bonjour, veuillez nous présenter votre plateforme Agansi !

Massira Touré : Agansi est une plateforme de vente et de location d’œuvres d’arts plastiques en ligne créée en 2017. Nous avons un site web (www.agansi.com) qui permet aux artistes maliens et africains de présenter leurs œuvres au monde entier à travers le numérique. Cette plateforme donne l’opportunité aux amateurs d’art de pouvoir acheter des œuvres d’artistes maliens et africains et de se faire livrer chez eux partout où ils se trouvent dans le monde. Nous avons notre siège à N’Tomikorobougou où nous stockons les œuvres dans une galerie.      

Que signifie ce nom et pourquoi son choix ?

Agansi est un mot bambara qui peut être traduit littéralement par diffuser. Le mot est plus employé dans nos sociétés traditionnelles. Par exemple, dans ces sociétés, lorsqu’il y a un événement à annoncer, que ce soit un mariage, un baptême ou un décès, le chef du village chargeait un griot, avec un taman (instrument musical traditionnel), de faire le tour du village pour faire passer l’information, la distiller. C’est de cette démarche que s’inspire Agansi. Nous nous sommes assigné la mission de diffuser au maximum le travail des artistes maliens et africains à travers le monde.      

Qu’est-ce qui a motivé la création de cette plateforme ?

La création d’Agansi trouve sa motivation dans mon histoire personnelle. Je suis artiste peintre aussi. Avant l’obtention de mon master en arts plastiques au CAMM-BFK, je nourrissais le rêve de devenir une artiste qui voyage et expose ses œuvres partout dans le monde, mais à la fin de mes études, je me suis rendu compte qu’il était très difficile de pouvoir réaliser ce rêve parce qu’il n’y avait pas d’espace de promotion adéquat pour les artistes et leurs œuvres qui soit ouvert à l’Afrique et au reste du monde. Et les artistes aussi sont restés dans leur « monde de l’art » sans mouvement. C’est ainsi que j’ai décidé d’ouvrir ce « monde de l’art » au reste du monde et le monde se trouve aujourd’hui sur Internet. Tout le monde est connecté et tout se numérise aujourd’hui. Il y a des gens qui sont intéressés par des œuvres d’artistes africains, mais n’ont forcément un accès facile à ces œuvres. Il fallait une plateforme digitale au Mali pour la promotion des arts et des artistes.  

Quelle est la procédure à suivre pour un artiste d’être présenté  sur votre plateforme ?

C’est simple ! Pour la sélection des artistes, Agansi lance un appel à candidatures dans lequel nous demandons aux artistes de proposer des œuvres ainsi que leur démarche artistique parce qu’à Agansi, nous avons décidé de proposer des œuvres de qualité et d’artistes professionnels. À la suite de chaque appel, on sélectionne dix artistes avec lesquels nous signons un contrat. Les œuvres de ces artistes sont présentées sur le site pour une durée bien déterminée. Ils participent également à toutes nos activités de promotion même hors du site. Aussi, pour la sélection des œuvres, nous faisons appel à un jury professionnel composé de critiques et professeurs d’art.  

Comment se passe la vente des œuvres sur Agansi ?

Si le client voit une toile ou des toiles qu’il souhaite acheter, il entre en contact avec nous à travers notre site et nos liens de contacts. Tout passe par les agents d’Agansi. Nous avons une équipe qui travaille en permanence. Dès que le client nous écrit, nous répondons le plus tôt possible et lui donnons toutes les informations sur l’œuvre ou les œuvres qui l’intéressent ainsi que sur l’artiste. Si un client achète une toile, nous la lui livrons par DHL pour la fiabilité de la livraison.  

Au-delà de la vente des œuvres, que fait encore Agansi ?

À Agansi, nous ne nous contentons pas seulement de la vente en ligne, nous louons des œuvres à des entreprises ou des particuliers qui organisent des activités et qui souhaitent apporter une touche artistique à leur événement le temps d’une activité, d’une soirée, pendant un mois voire une année. À Agansi, nous avons également des programmes de formation qui se tiennent toutes les deux semaines au siège d’Agansi. Pour chaque atelier, nous sélectionnons 10 personnes parmi les inscrits que nous initions à l’art et à l’histoire de l’art. Nous avons également des projets de résidence de création dont la première édition a été organisée en mars 2021. Ce sont des résidences qui prennent en compte des thématiques d’actualité. La prochaine est prévue pour le mois d’août 2021.         

Quelles sont les difficultés rencontrées ?

Au départ, de 2017 à 2019, les gens étaient réticents à acheter les œuvres sur Agansi, mais maintenant ça commence à aller. Cependant, on essaie toujours de convaincre les acteurs concernés : les potentiels clients et les artistes. Les gens se méfient de tout ce qui est digital.   

Quels sont les objectifs d’Agansi ?

L’un des objectifs principaux d’Agansi est de démocratiser l’art et le rendre accessible pour tout le monde. Nous voulons éduquer les non-initiés et en faire des amateurs d’art. Nous voulons aider les artistes à vivre de leur art en leur offrant plus de visibilité et un espace de vente adapté à notre époque : le digital.  

Quelles sont vos perspectives ?

En plus des ateliers de formation et les résidences, nous comptons organiser des espaces d’échange et de discussion entre les artistes et les populations de Bamako et des régions voire dans d’autres pays africains afin de faire découvrir davantage l’art et notre plateforme.

Interview réalisée par Youssouf Koné

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